Silba adipata McAlpine

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Auteur : François DROUET
Photographies : François DROUET

(sauf indications)
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L'accouplement

 

 

 

Dans son article relatif à la mouche noire du Figuier, F. SILVESTRI ne donne aucune information sur l'accouplement de Silba adipata McAlpine.

Référence : SILVESTRI F., 1917, Sulla Lonchaea aristella Beck. (Diptera : Lonchaeidae) dannosa alle infiorescenze e fruttescenze del caprifico e del fico, Bollettino del Laboratorio di Zoologia Agraria in Portici, vol.12, pp. 123 -146.

Et je n'ai trouvé aucune documentation relative à celui-ci sur Internet, après recherches en différentes langues.

J'ai relevé toutefois une expérience relative à l'accouplement menée par B. I. KATSOYANNOS, qui a étudié en 1981 et 1982 des populations importantes de mouches noires du Figuier dans l'île de Chios (Grèce).

Référence : KATSOYANNOS B. I., 1983, Field observations on the biology and behavior of the black fig fly Silba adipata McAlpine (Diptera, Lonchaeidae), and trapping experiments, Z. ang. Entomol. 95, pp. 471-476.

L'auteur a conservé les mouches ayant émergé des pupes en laboratoire par groupes de 20 à 50 individus des deux sexes dans des cages de 30 x 30 x 30 cm, à 25 °C, avec 60/70 % d'humidité relative et l'éclairage de la lumière naturelle par les fenêtres de la pièce.

Les cages étaient pourvues d'eau et de nourriture (hydrolisat de levure, eau  et sucre dans le rapport de 1 : 4 : 5).

B. I. KATSOYANNOS y avait disposé également des figues immatures pour l'oviposition.

Il rapporte que sur les 2.000 oeufs déposés dans les figues immatures placées dans les cages, aucun n'a éclos, ce qui laisse supposer qu'aucune femelle ayant pondu ne s'était accouplée.

Ce constat est conforté par le fait qu'il n'a observé aucun accouplement en laboratoire.

B. I. KATSOYANNOS a essayé de favoriser les accouplements en plaçant dans les cages des rameaux et des feuilles de figuier, en sus des figues immatures, mais sans succès.

Il indique qu'il n'a pas non plus observé d'accouplements en champs.

Il précise néanmoins que les phénomènes d'essaim rencontrés chez Silba adipata et chez d'autres espèces de la famille des Lonchaeidae pourraient revêtir une certaine importance pour l'accouplement de ces espèces.

En citant en référence : McALPINE J. F., MUNROE D. D., 1968, Swarming on Lonchaeid flies and others insects, with description of four new species of Lonchaeidae (Diptera), Can. Entomol. 100, 1154-1178.

A laquelle j'ajoute la référence suivante : KATSOYANNOS B. I., 1983, Swarming of Lamprolonchaea smaragdi Walker (Diptera, Lonchaeidae) and a few other Diptera observed in Chios, Greece, Bulletin de la Société Entomologique Suisse, vol. 56, pp. 183-185.

Je reviens plus en détails sur le vol en essaim de Silba adipata McAlpine au chapitre "Mode de vie de l'adulte".

En l'absence d'informations sur l'accouplement de Silba adipata McAlpine et en se référant à la documentation disponible sur l'accouplement d'autres espèces de mouches, plusieurs questions peuvent être posées.

Combien de temps après la naissance l'accouplement a-t-il lieu ? Silba adipata McAlpine s'accouple-t-elle durant le vol ou sur l'arbre ? Existe-t-il un rituel de séduction du mâle envers la femelle ? Quelle est la position adoptée pour l'accouplement ? Quelle est la durée de l'accouplement ? La femelle stocke-t-elle le sperme du mâle pour fertiliser les oeufs au fur et à mesure des pontes successives ? Le mâle connaît-il une seule partenaire et meurt-il peu de temps après l'accouplement ? Une femelle s'accouple-t-elle avec plusieurs mâles au cours de sa vie ? 

A ce jour, pour répondre à ces questions, je puis seulement faire part d'une réflexion et rapporter une observation in situ. Cela donne toutefois des éléments de réponse pour certaines des questions précitées.

En premier lieu, à l'issue de mes multiples observations sur des figuiers différents et à diverses époques, j'ai été surpris de constater que parmi les milliers de photographies que j'ai prises de Silba adipata McAlpine, une minorité sont des photographies de mâles. Ce constat peut indiquer que le mâle ne s'accouple qu'avec une seule femelle et qu'il meurt assez rapidement après l'accouplement.

En second lieu, je n'ai pas assisté au début d'un accouplement, mais j'ai pu observer (une fois seulement...) deux mouches noires du Figuier accouplées.

Le 30 juin 2016, vers midi, je faisais le tour d'une touffe âgée de la variété 'Dauphine' en pleine fructification de première saison, pour essayer d'observer des mouches de la figue.

Alors que je terminais mon inspection, il m'a semblé apercevoir sur le dessus d'une feuille située en second rang de la périphérie de la touffe, à l'ombre, une mouche de forme allongée avec les ailes relevées et le corps vrillé, qui remuait sur place.

Intrigué par cette conformation et cette posture peu communes, je me suis approché avec précaution pour observer la mouche de plus près.

 Mouches noires du Figuier in copula

 Mouches noires du Figuier in copula (grossissement : x 2)

J'ai immédiatement déterminé qu'il s'agissait en fait de deux mouches noires du Figuier accouplées.

Mouches noires du Figuier in copula

Mouches noires du Figuier in copula (grossissement : x 2)

 

Silba adipata McAlpine in copula

Silba adipata McAlpine in copula (grossissement : x 3)

J'ai pu observer les mouches accouplées pendant une minute environ.

A ma relative surprise, tout en étant accouplées, elles étaient en train de se nourrir sur une flaque de jus de figue mûre qui était tombé sur la feuille depuis une figue située au-dessus.

L'accouplement était du type "en opposition". Les deux mouches ne se chevauchaient pas, mais étaient placées au même niveau dans des directions opposées et étaient jointes par l'extrémité de leur abdomen. L'une des deux ayant les ailes ouvertes et relevées, l'autre les ailes refermées.

Mouches noires du Figuier in copula se nourrissant de jus de figue : accouplement "en opposition"

Mouches noires du Figuier in copula se nourrissant de jus de figue : accouplement "en opposition"
(les deux mouches sont jointes par l'extrémité de l'abdomen ; grossissement : x 4)

 

Mouches noires du Figuier in copula se nourrissant de jus de figue : accouplement "en opposition"

Mouches noires du Figuier in copula se nourrissant de jus de figue : accouplement "en opposition"
(les deux mouches sont jointes par l'extrémité de l'abdomen ; grossissement : x 7)

D'après l'aspect de la partie dorsale de l'extrémité de son abdomen tel qu'il apparaît sur certaines photographies, je déduis que la mouche avec les ailes relevées est le mâle (partie dorsale du cinquième segment beaucoup plus développée que chez la femelle et couvrant l'organe copulatoire). D'autre part, l'abdomen étroitement segmenté de la mouche aux ailes repliées indique qu'il s'agit de la femelle.

Silba adipata McAlpine in copula : l'accouplement est dit

Silba adipata McAlpine in copula : l'accouplement est dit "en opposition"
(l'aspect des abdomens indique que le mâle est au premier plan, les ailes relevées ; grossissement : x 11)

Les deux mouches ne se déplaçaient pas sur la flaque de jus sucré à la vitesse habituelle d'une mouche seule, mais effectuaient des mouvement quasi circulaires presque sur place en conservant les ailes dans la même position, le mâle les ayant relevées, la femelle les gardant fermées.

Les deux corps joints par l'abdomen se trouvaient le plus souvent dans le prolongement l'un de l'autre.

Mouches noires du Figuier in copula : l'accouplement est dit

Mouches noires du Figuier in copula : l'accouplement est dit "en opposition"
(corps du mâle et de la femelle dans le prolongement l'un de l'autre ; grossissement : x 9)

Mais, parfois, le mouvement les rendait décalés l'un par rapport à l'autre, mais avec un angle de faible amplitude, jamais à 45 °.

Mouches noires du Figuier in copula : l'accouplement est dit

Mouches noires du Figuier in copula : l'accouplement est dit "en opposition"
(corps du mâle et de la femelle décalés l'un par rapport à l'autre ; grossissement : x 11)

En observant de plus près la jonction des deux abdomens, je constate que le mâle a introduit son organe copulatoire par le dessus dans l'orifice de l'extrémité de l'abdomen de la femelle.

Mouches noires du Figuier in copula : l'organe copulatoire du mâle (à gauche) est introduit par le dessus

Mouches noires du Figuier in copula : l'organe copulatoire du mâle (à gauche) est introduit par le dessus
(grossissement : x 8)

L'extrémité de l'abdomen de la femelle se situe au-dessous de l'extrémité de l'abdomen du mâle et semble relevée.

Mouches noires du Figuier in copula : l'organe copulatoire du mâle (à gauche) est introduit par le dessus

Mouches noires du Figuier in copula : l'organe copulatoire du mâle (à gauche) est introduit par le dessus
(le dernier segment visible de l'abdomen de la femelle semble relevé ; grossissement : x 12)

Cette position relevée du dernier segment abdominal visible s'observe assez souvent chez les femelles hors accouplement, comme en témoigne la photographie ci-après.

Mouche noire du Figuier se nourrissant de latex sur le point d'attache d'une feuille de figuier arrachée

Mouche noire du Figuier femelle se nourrissant de latex sur le point d'attache d'une feuille de figuier arrachée 
(noter le dernier segment visible de l'abdomen qui est relevé ; grossissement : x 25) 

Les photographies que j'ai pu prendre ne permettent pas de déterminer si, comme c'est le cas chez la mouche domestique (Musca domestica L.) qui s'accouple par chevauchement du mâle sur la femelle, la femelle sort son ovipositeur à la rencontre de l'édéage du mâle.

Au bout d'une minute environ, la mouche mâle a effectué un demi-tour et a remonté la feuille en s'approchant du bord de celle-ci, semblant traîner la femelle qui conservait les ailes fermées et qui se maintenait dans le prolongement de l'abdomen du mâle. Je n'ai pas pu déterminer si la femelle se faisait vraiment traîner ou si elle marchait à reculons.

Mouches noires du Figuier in copula : le mâle remonte vers le bord de la feuille, semblant traîner la femelle

Mouches noires du Figuier in copula : le mâle remonte vers le bord de la feuille, semblant traîner la femelle
(celle-ci conserve les ailes fermées et le corps dans le prolongement de celui du mâle)

Arrivé au bord de la feuille quelques centimètres plus haut que l'emplacement initial, la mouche mâle a disposé ses ailes à plat et en croix.

Mouches noires du Figuier in copula : le mâle arrivé au bord de la feuille dispose ses ailes à plat et en croix

Mouches noires du Figuier in copula : le mâle arrivé au bord de la feuille dispose ses ailes à plat et en croix
(la femelle conserve les ailes refermées et le corps dans le prolongement de celui du mâle)

La femelle a conservé les ailes repliées et le corps dans le prolongement de celui du mâle, comme si elle n'allait pas voler mais simplement rester accrochée au mâle pendant le vol...

Mouches noires du Figuier in copula : le mâle arrivé au bord de la feuille dispose ses ailes à plat et en croix

Mouches noires du Figuier in copula : le mâle arrivé au bord de la feuille dispose ses ailes à plat et en croix
(la femelle conserve les ailes refermées et le corps dans le prolongement de celui du mâle ; grossissement : x 14)

Puis le mâle a pris son envol, la femelle toujours accrochée à lui. Je suis certain que le couple ne s'est pas disjoint lors de l'envol. Il m'a semblé que seul le mâle volait et que la femelle était restée les ailes fermées, avec le corps dans le prolongement de celui du mâle. En effet, j'ai eu l'impression qu'une barre s'envolait...

Je suis conforté dans mon impression par le compte rendu d'observations analogues trouvé sur Internet pour d'autres diptères, chez lesquels la femelle accouplée reste jointe au mâle en vol, mais sans voler, lestant ce dernier et ralentissant sa vitesse de vol...

Sur les photographies (voir gros plan ci-après), je remarque que l'aile droite de la mouche mâle est partiellement altérée. Serait-ce le résultat d'une manoeuvre en vol lors de l'accouplement, laissant penser que celui-ci s'est effectué en vol et que les deux mouches se sont posées sur la feuille déjà accouplées afin de se nourrir dans la flaque de jus sucré ?

Mouches noires du Figuier in copula : accouplement en opposition

Mouches noires du Figuier in copula : accouplement en opposition
(noter que l'aile droite du mâle, à droite, est altérée ; grossissement : x 17)

Compte tenu de la rapidité du vol de la mouche noire du Figuier, même lestée de la femelle (si, comme je le pense, cette dernière n'a pas volé), je n'ai pas pu observer le couple au-delà du décollage.

Malgré une demi-heure de scrutation méticuleuse de la touffe de figuier, je n'ai pas pu retrouver le couple sur l'arbre ni l'observer en vol...

 

 

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