Silba adipata McAlpine

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Auteur : François DROUET
Photographies : François DROUET

(sauf indications)
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Autres procédés de lutte

 

 

 

Outre les moyens de lutte que j'ai expérimentés, exposés dans les chapitres précédents, on peut recourir à trois procédés de lutte qui sont déjà utilisés mais que je n'ai jamais essayés : insecticides, pulvérisation d'argile, filet anti-insectes.

On peut aussi envisager un procédé non utilisé, qui est une piste à approfondir : utilisation d'un répulsif.

 

INSECTICIDES

 

Si le piégeage de masse ne suffit pas, on peut utiliser l'appât insecticide à pulvériser. Il s'agit d'un insecticide organophosphoré auquel on a ajouté un hydrolysat de protéines attractif. Ce mélange est pulvérisé sur les arbres. Les mouches sont attirées par l'hydrolysat de protéines, se nourrissent du mélange et sont tuées par l'insecticide.

Il existe aussi des insecticides purement de contact ou systémiques utilisables contre les mouches des fruits, dont la mouche noire du Figuier.

La liste des insecticides autorisés pour combattre les mouches des fruits infestant le Figuier se trouve dans la base de données E-Phy fournie par l'ANSES.

Sur la page d'accueil, sélectionner "PPP produits phytopharmaceutiques / Recherche avancée". Dans la page des critères de recherche qui s'affiche, sélectionner "Autorisé" pour le type d'usage et indiquer "mouche des fruits" pour l'usage.

Pour les non professionnels, depuis 2000, seuls les produits phytopharmaceutiques ayant reçu la mention EAJ (Emploi Autorisé dans les Jardins) peuvent être utilisés.

Sur la page des résultats que l'on a obtenus, il convient donc de sélectionner "Amateur / emploi autorisé dans les jardins", dans la rubrique "Gamme d'usage" des filtres de recherche.

Cette base de données peut être utilisée, mais je ne la trouve pas pratique.

Il suffit de se rendre dans une jardinerie ou une coopérative agricole et de chercher en rayon un produit insecticide qui mentionne une efficacité contre les mouches des fruits.

Attention, les produits ne sont pas étiquetés uniquement "contre les mouches des fruits". A fortiori, uniquement "contre la mouche de la figue".

Il s'agit d'insecticides polyvalents qui s'attaquent à de nombreux insectes (et non spécifiquement aux mouches des fruits) et qui sont utilisés pour de nombreuses cultures fruitières, voire légumières (et non spécifiquement pour le Figuier). Mais l'utilisation contre les mouches des fruits (ou contre la mouche de l'olive) figure, parmi les autres, sur l'étiquette.

Pour ma part, en culture d'amateur, je n'aurai recours aux insecticides autorisés pour les non professionnels que si les autres moyens de lutte, accompagnés du ramassage des figues attaquées (au sol et surtout sur l'arbre), ne me permettent pas de limiter suffisamment la mouche noire du Figuier.

Je suis prêt à accepter jusqu'à 30 % de pertes par celle-ci, dont les attaques sont redoutables dans mon jardin (jusqu'à 95 % de pertes pour la variété unifère 'Bellone').

 

PULVERISATION D'ARGILE

 

Dans la lutte contre la mouche de l'olivier (Dacus oleae Gmelin), la pulvérisation d'argile est un procédé utilisé depuis quelques années. Son principe est de déposer sur les fruits une couche d'argile qui forme une barrière minérale inerte dissuadant la mouche de les piquer.

Cette argile se trouve aujourd'hui facilement en coopérative agricole sous forme de poudre mouillable. Il en existe plusieurs types, dont l'argile blanche (kaolinite calcinée) et l'argile verte du Velay (illite).
 

TEMOIGNAGE DE REMI PECOUT

Rémi PECOUT, technicien à la Chambre d'agriculture du Var, m'a fait part d'une remarque intéressante émanant de producteurs d'olives. Ceux-ci ont constaté que sur les figuiers se trouvant au milieu d'oliviers de production traités à l'argile, le problème de mouche de la figue avait disparu.

L'argile pulvérisée sur les oliviers, se répandant aussi sur les figuiers, semble avoir eu le même effet dissuasif pour Silba adipata McAlpine que pour Dacus oleae Gmelin.

Rémi PECOUT m'a indiqué que quelques producteurs de figues en mode biologique du bassin de l'AOP 'Figue de Solliès' avaient manifesté de l'intérêt pour les pulvérisations d'argile.
 

EXPERIMENTATION DE MARIE SINGER 

Marie SINGER, technicienne en arboriculture au CIVAMBIO 66, a procédé en 2015 à un essai de pulvérisation de kaolin sur des figues de la variété 'Bourjassote Noire' dans un verger commercial des Pyrénées-Orientales conduit en mode biologique.

Référence : M. SINGER - Essais de lutte contre la mouche Lonchaea aristella dans un verger de figuiers (Résultats 2015), Flash technique arboricole n° 2 du 2/02/2016, Sud & Bio / CIVAMBIO 66.

Dans cette première expérimentation, l'objectif était de déterminer si le dépôt d'argile sur les figues empêcherait la commercialisation de celles-ci, destinées au marché de frais.

Pour cela, dans la période du 23 juin au 19 août 2015, 3 arbres du verger, proches les uns des autres, ont été « blanchis » par pulvérisation d’argile Sokalciarbo WP à la dose de 3%.

Les arbres ont été soumis à un nombre d’applications d'argile différent : l’arbre 1 a reçu 4 traitements, l’arbre 2 en a reçu 3 et l’arbre 3 n’en a reçu que 2.

Les figues de chacun des trois arbres ont été examinées à la récolte.

Premier constat : sur un échantillon de 30 figues par arbre, Marie SINGER n'a pas observé de différence significative de l'aspect « poussiéreux » des figues entre les trois lots, pourtant soumis à des applications de l’argile en nombres différents.

Figues traitées au kaolin contre Silba adipata McAlpine et Ceratitis capitata Wiedemann

Figues traitées au kaolin contre Silba adipata McAlpine et Ceratitis capitata Wiedemann
(de droite à gauche : 4, 3 et 2 traitements ; pas de différence d'aspect visible)
Crédit : Marie SINGER -
CIVAMBIO 66

Second constat de Marie SINGER : les figues traitées conservent longtemps l'apparence blanchâtre que leur confère l’argile pulvérisée.

Le producteur a indiqué qu’il n’a pas rencontré de problèmes pour commercialiser les figues maculées d'argile, mais il a précisé qu'il en aurait certainement connu si toute sa production avait eu le même aspect.

 

Je pense que la pulvérisation d'argile pourrait présenter un intérêt en culture commerciale biologique du Figuier et qu'il convient d'approfondir les expérimentations pour déterminer sa réelle efficacité contre Silba adipata McAlpine (et Ceratitis capitata Wiedemann).

Mais, en culture d'amateur, je crains que le spectacle dans un verger ou un jardin d'un figuier maculé d'argile pulvérisée n'ôte toute joie de ramasser les figues, voire de prendre un figuier pour compagnon.

Pour un passionné de figuier comme moi, il est difficile d'envisager la pulvérisation d'argile car le rapport à ce fruitier ancestral de nos régions méditerranéennes passe d'abord par la vision d'un arbre naturellement beau qui me procure toujours cette étrange émotion dont je ne me suis jamais lassé...

 

FILET ANTI-INSECTES

 

Le principe du filet anti-insectes est de protéger les fruits par un filet aux mailles assez fines pour empêcher l'insecte d'atteindre les fruits.

Ce procédé est utilisé depuis assez longtemps en maraîchage biologique contre les attaques de diverses mouches des légumes. Il est aussi utilisé pour la protection des petits-fruits, mais il était jusqu'alors peu utilisé pour la protection des fruits (je l'ai vu utilisé essentiellement contre le carpocapse de la pomme et de la poire, Cydia pomonella L.).

L'invasion assez récente des vergers de cerisiers par la drosophile asiatique (Drosophila suzukii Matsumura), qui provoque des dégâts considérables chez les producteurs, a donné un élan nouveau à l'utilisation de filets anti-insectes pour les fruitiers.

Pourtant, je n'ai pas encore vu de filet anti-insectes posé sur des figuiers, que ce soit dans des vergers de production ou dans des jardins. Mais ils sont peut-être déjà utilisés sur certains sites, notamment en agriculture biologique...

Concernant la lutte contre la mouche noire du Figuier, il convient d'utiliser des filets anti-mouches, conçus pour lutter contre la mouche de l'olivier, la mouche de la cerise et la mouche méditerranéenne des fruits.

A titre d'exemple, la société Fil-Pack propose un filet anti-mouches dont le maillage est de 1,7 mm x 1,4 mm.

Cette société propose aussi un filet à maillage plus fin (1,38 mm x 0,83 mm) contre la drosophile asiatique (Drosophila suzukii Matsumura), qui pourrait encore mieux convenir à la lutte contre la mouche noire du Figuier.

Il existe chez d'autres fabricants des voiles avec des maillages encore plus fins utilisés pour interdire la pollinisation, dont on pourrait évaluer l'intérêt par rapport aux filets anti-mouches précités.

La pose des filets anti-mouches en culture d'amateur consiste en l'enveloppement de l'arbre en entier (arbre nécessairement conduit avec un volume réduit).

Je ne m'attarderai pas sur la pose dans les vergers de production (enveloppement d'une rangée d'arbres, selon la technique dite mono-rang, en posant le filet sur plusieurs arbres avec des supports de part et d'autre de la rangée).

Je n'ai jamais expérimenté le filet anti-mouches sur figuier, mais je m'interroge sur une efficacité significative.

En effet, le mode de fructification du Figuier induit un grand nombre de figues en périphérie de l'arbre, avec une disposition de l'ostiole vers l'extérieur de l'arbre lorsque la figue, au stade immature, est toujours dressée. Sans supports extérieurs, le filet n'est pas tendu et un nombre important de figues se trouve en contact avec celui-ci, donc à portée de la mouche noire du Figuier.

Le filet anti-mouches ne serait vraiment efficace que si son maillage interdisait le passage de l'ovipositeur, et non simplement le passage de la mouche noire du Figuier.

Cette réflexion vaut aussi pour les attaques des mouches qui pondent dans la figue ailleurs que dans l'ostiole, c'est à dire dans l'infrutescence à travers l'épiderme, même si ces mouches pondent aussi dans l'ostiole (Ceratitis capitata Wiedemann, principalement ; Drosophila suzukii Matsumura dans une moindre mesure car elle n'attaque en général que les figues en surmaturité, même si elle peut attaquer les figues saines et mûres de certaines variétés).

D'autre part, la pose d'un filet anti-mouches sur un figuier conduit en touffe est particulièrement malaisée, notamment au niveau de la fermeture au sol, indispensable pour éviter l'intrusion de Silba adipata McAlpine par le dessous.

Par ailleurs, par expérience avec les voiles d'hivernage que j'utilise pour des fruitiers gélifs, je crains que le maintien de l'enveloppement total du figuier par grand vent (mistral...) sévissant souvent dans nos régions, soit particulièrement difficile. 

Enfin, il faut noter que la période d'enveloppement de l'arbre est beaucoup plus longue pour le figuier que pour le pommier ou le poirier.

En effet, les attaques de Silba adipata McAlpine commencent dès la dernière semaine de mars (figuiers bifères) et la protection doit être maintenue en période de figues mûres. 

Bien que pendant cette période les attaques de Silba adipata McAlpine soient très réduites, celles de la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann) sont virulentes (sur mes figuiers, cette dernière apparaît dès le 30 juin...).

 

UTILISATION D'UN REPULSIF

 

C'est le troisième procédé non utilisé auquel j'ai pensé (après l'obturation de l'ostiole et l'ensachage des figues) lors de mes longues séances de traque photographique au pied des figuiers.

On peut imaginer que le répulsif anti-mouches soit diffusé à partir de tubes ou plaquettes suspendus au figuier, ou qu'il soit déposé sur chacune des figues (vaporisateur, gel, pastille autocollante diffusant le répulsif...).

Le dépôt d'un répulsif sur chacune des figues, à n'importe quel endroit de celle-ci, dès qu'elle a un diamètre proche de 1,5 cm (taille critique pour l'attaque de la mouche noire du Figuier) serait plus rapide que l'obturation de l'ostiole, qui exige plus de minutie.

Ce procédé serait donc utilisable en culture d'amateur, voire pour les cultures commerciales en mode biologique.

Les problématiques connexes sont bien entendu l'absence de toxicité alimentaire et la non dénaturation de la figue (aspect, goût, odeur).

Il faut également que le répulsif soit efficient pendant plusieurs mois avec une seule application, pour que son action joue sur la totalité de la période de nocivité de Silba adipata McAlpine.

Bien évidemment, l'idéal serait que le même répulsif soit également efficient contre Ceratitis capitata Wiedemann, voire Drosophila suzukii Matsumura.

Des expérimentations réalisées par l'université de Californie (Riverside) ont montré que le butyl anthranilate (d'odeur agréable et classé inoffensif pour la consommation humaine) s'avère être un répulsif très efficace contre Drosophila suzukii Matsumura.

Référence : KRAUSE PHAM C., RAY A., 2015, Conservation of olfactory avoidance in Drosophila species and identification of repellents for Drosophila suzukii, Scientific Reports 5, 11527.

Mais, je n'ai pas trouvé de documentation faisant état d'existence de répulsifs contre Silba adipata McAlpine.

 

 

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