Silba adipata McAlpine

Présentation      Biologie      Mode de vie      Infestation      Moyens de lutte

 


Accueil > Biologie > Ponte (oviposition)

 

Auteur : François DROUET
Photographies : François DROUET

(sauf indications)
Tous droits réservés 

 

 

Ponte (oviposition)

 

 

 

La mouche noire du Figuier (Silba adipata McAlpine) ne pond que dans l'ostiole de la figue (et non à travers l'épiderme de celle-ci) et elle le fait dans les petites figues immatures encore dures et vertes.

Les figues mûres portant des symptômes d'attaque sont en faible nombre (de l'ordre de 5 % au maximum, selon mes observations) et j'ai remarqué dans plusieurs cas que ces figues sont attaquées au stade immature mais ne chutent pas au sol, continuant à évoluer vers la maturité (tout en ayant l'intérieur partiellement pourri).

En fait, j'expose au chapitre "Absence d'attaques des figues mûres ?", une hypothèse argumentée avançant que Silba adipata McAlpine n'attaquerait pas les figues mûres (elle n'attaquerait que les figues immatures dures et vertes, à l'infrutescence encore de couleur blanche).

Selon mon expérience, la ponte de Silba adipata McAlpine est difficile à observer. Mais F. SILVESTRI décrit celle-ci de façon assez détaillée.

Référence : SILVESTRI F., 1917, Sulla Lonchaea aristella Beck. (Diptera : Lonchaeidae) dannosa alle infiorescenze e fruttescenze del caprifico e del fico, Bollettino del Laboratorio di Zoologia Agraria in Portici, vol.12, pp. 123 -146. 

Je m'inspire des indications de l'auteur, en les complétant de photographies, d'une vidéo et de diverses observations, pour traiter la ponte de Silba adipata McAlpine selon le plan suivant : indications générales, dépôt de l'oeuf, observations de B. I. KATSOYANNOS, vidéo de la ponte.

Note : les grossissements indiqués pour les photographies s'appliquent à un écran de 18.5".

 

INDICATIONS GENERALES

 

F. SILVESTRI indique que la femelle Silba adipata McAlpine pond un à quatre œufs à l'intérieur de l'ostiole, le plus fréquemment trois.

C'est ce que j'ai moi-même constaté, particulièrement le fait que le plus souvent le nombre d'oeufs pondus est trois, comme l'indiquent les dénombrements de larves que je rapporte au chapitre "Infestation des figues" (je traite également dans ce chapitre le cas de la pluralité des pontes dans la même figue, par la même femelle ou par des femelles différentes).

F. SILVESTRI a aussi observé que sur des figues portant des trous de sortie de larve et n'étant pas rapidement tombées de l'arbre, il peut arriver qu'une femelle ponde dans un trou de sortie laissé par une larve issue d'une ponte antérieure. Il a ainsi trouvé au mois d'août de 2 à 5 oeufs à l'intérieur de quelques figues de la variété 'Troiano'.

Il précise que la durée de la ponte est d'environ 1 minute.

L'observation de la ponte sur la vidéo que je fournis en fin du présent chapitre permet de comprendre qu'il s'agit de la durée du dépôt de la totalité des oeufs de la ponte et non de celle du dépôt d'un oeuf.
 

Mouche de la figue : ponte (oviposition) dans figue immature (variété unifère 'Violette de Solliès')

Mouche de la figue : ponte (oviposition) dans figue immature (variété unifère 'Violette de Solliès')
Crédit : Rémi PECOUT (Chambre d'agriculture du Var)

 

Mouche noire du Figuier : ponte (oviposition) dans figue immature

Mouche noire du Figuier : ponte (oviposition) dans figue immature
Crédit : Daniel DELATTRE (
CIVAMBIO 66)

 

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature (variété 'Col de Dame Noire')

 

 Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature (variété 'Col de Dame Noire')

 

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature
Crédit : Alain COSTA

 

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature
Crédit : Alain COSTA

 

DEPÔT DE L'OEUF

 

F. SILVESTRI indique que le dépôt de l'oeuf (oviposition) est effectué par la femelle en extériorisant les derniers segments de l'abdomen et en introduisant les neuvième et dixième segments (qui forment l'ovipositeur) tendus à la façon d'une épée sous l'écaille ostiolaire.

Silba adipata McAlpine : femelle ayant sorti l'ovipositeur

Silba adipata McAlpine : femelle ayant sorti l'ovipositeur (grossissement : x 20)
(l'ovipositeur est constitué des neuvième et dixième segments de l'abdomen, qui sont rétractiles)

 

Silba adipata McAlpine : femelle vue de dessous ayant sorti l'ovipositeur

Silba adipata McAlpine : femelle vue de dessous ayant sorti l'ovipositeur (grossissement : x 29)
(l'ovipositeur est constitué des neuvième et dixième segments de l'abdomen, qui sont rétractiles)

Au repos, seule la pointe de l'ovipositeur dépasse légèrement de l'orifice terminal de l'abdomen.

Silba adipata McAlpine : femelle vue de dessous, ovipositeur rentré

Silba adipata McAlpine : femelle vue de dessous, ovipositeur rentré ; grossissement : x 36 
(noter que la pointe de l'ovipositeur dépasse légèrement du denier segment visible de l'abdomen)

F. SILVESTRI précise que les oeufs sont déposés horizontalement sous les écailles ostiolaires, le plus souvent sous une écaille extérieure de premier rang, parfois sous une écaille de second rang.

Silba adipata McAlpine : trois oeufs sous une écaille ostiolaire d'une figue immature (ostiole mis à plat)

Silba adipata McAlpine : trois oeufs sous une écaille ostiolaire d'une figue immature (ostiole mis à plat)
(noter qu'il s'agit d'une écaille rougeâtre initialement disposée à l'horizontale)

Sur la photographie ci-dessus, la disposition régulière des trois oeufs au même endroit indique qu'ils sont vraisemblablement le résultat d'une ponte unique (une seule femelle impliquée).

Bien que F. SILVESTRI ne le précise pas, j'ai noté que Silba adipata Mcalpine ne dissémine pas les oeufs d'une même ponte sous différentes écailles de l'ostiole, mais les regroupe sous une seule d'entre elles.

Il faut souligner que le dépôt de l'oeuf s'effectue au niveau des écailles ostiolaires de couleur plus ou moins rougeâtre disposées de façon horizontale presque à la surface de la figue, ce qui le rend possible même si l'ostiole paraît complètement fermé.

Silba adipata McAlpine : oeufs déposés sous une écaille ostiolaire horizontale d'une figue immature

Silba adipata McAlpine : oeufs déposés sous une écaille ostiolaire horizontale d'une figue immature
(noter que les oeufs ne sont pas déposés dans le conduit ostiolaire constitué des écailles verticales)
Crédit : Alain COSTA

F. SILVESTRI a toutefois observé que dans le cas de figues ayant un ostiole très ouvert, l'oeuf peut être déposé de façon plus ou moins perpendiculaire dans le conduit ostiolaire (écailles internes blanchâtres verticales).

Il faut noter que le diamètre de la zone ostiolaire (écailles) non ouverte d'une petite figue immature est, d'après mes mesures, de l'ordre de 2 mm alors que le corps de la mouche fait 4 mm de long pour 1,6 mm de large au thorax.

Si l'on rapporte ces dimensions à la taille moyenne d'un être humain, il s'agit d'une zone d'un diamètre de 0,85 m ... On voit que la tâche est facile pour la mouche noire du Figuier.

Mouche noire du Figuier : comparaison de la taille de l'adulte avec celle de l'ostiole d'une jeune figue immature

Mouche noire du Figuier : comparaison de la taille de l'adulte avec celle de l'ostiole d'une jeune figue immature
(figue de la variété unifère 'Bellone' ; grossissement x 12 sur un écran de 18.5")

 

J'ai pu observer de façon rare des pontes de Silba adipata McAlpine sur mes figuiers, mais jamais dans de bonnes conditions me permettant de décrire la ponte de façon complète et détaillée.

Mais je fournis ci-après les observations de la ponte par B. I. KATSOYANNOS et je commente ensuite une vidéo de Rodney ROCKAT, qui a filmé une ponte de Silba adipata McAlpine sur son figuier (en pensant avoir affaire au blastophage...).

 

OBSERVATIONS DE B. I. KATSOYANNOS

 

B. I. KATSOYANNOS, qui a étudié en 1981 et 1982 des populations importantes de mouches noires du Figuier dans l'île de Chios (Grèce), fournit quelques informations sur le comportement de Silba adipata McAlpine au cours de l'oviposition.

Référence : KATSOYANNOS B. I., 1983, Field observations on the biology and behavior of the black fig fly Silba adipata McAlpine (Diptera, Lonchaeidae) and trapping experiments, Zeitschrift für Angewandte Entomologie Vol. 95, Issue 1-5, pp. 471-476.

Il rapporte qu'après un vol d'approche en zigzags, la femelle se pose sur la figue et, très rapidement, parfois en quelques secondes, localise l'ostiole et insère son ovipositeur dans les écailles ostiolaires.

Après quelques mouvements de poussée "suivis vraisemblablement de l'oviposition", la femelle change de position en marchant autour de l'ostiole et prend une nouvelle position pour un nouveau dépôt d'oeufs dans le même fruit.

B. I. KATSOYANNOS précise que la direction de la nouvelle position fait habituellement un angle de 90 à 180 ° avec celle de l'ancienne position.

La femelle effectue habituellement plusieurs fois ce changement de position suivi d'un dépôt d'oeufs. B. I. KATSOYANNOS indique que le maximum qu'il a compté a été de 16 fois.

B. I. KATSOYANNOS ne donne pas d'information sur la durée de la ponte.

Selon B. I. KATSOYANNOS, on ne sait pas si Silba adipata McAlpine sait reconnaître les figues non infestées et les sélectionne pour l'oviposition, comme le font plusieurs mouches de la famille des Tephrytidae.

Il cite en références pour la famille des Tephrytidae  : Evidence for a marking pheronome deterring repeated oviposition in apple maggot flies, Environ. Entomol. 1, 326-332, PROKOPY R. J., 1972 ; Oviposition deterring, male-arresting, fruit-marking pheromone in Rhagoletis cerasi, Environ. Entomol. 4, 801-807, KATSOYANNOS B. I., 1975 ; Deterrence of repeated oviposition by fruit-marking pheromone in Ceratitis capitata (Diptera, Tephrytidae), J. Chem. Ecol. 4, 55-63, PROKOPY R. J. et al, 1978.

Il indique que, pour sa part, il n'a observé aucun comportement d'exploration du fruit avant l'oviposition ou de marquage du fruit après le dépôt des oeufs.

En 2016, trente trois ans après la parution de l'article de B. I. KATSOYANNOS, je n'ai pas trouvé d'information sur ce sujet en effectuant des recherches Internet en différentes langues.

 

VIDEO DE LA PONTE DE SILBA ADIPATA McALPINE

 

Bernard PEYRE, ancien producteur de figues et passionné de figuier, a porté à ma connaissance une vidéo montrant la ponte de Silba adipata McAlpine, publiée le 15 janvier 2015 sur Youtube par Rodney ROCKAT.

Ce dernier ne connaît pas la mouche noire du Figuier (Black Fig Fly en anglais) et a cru avoir affaire au blastophage. Il a donc donné pour titre (erroné) à sa vidéo "Awesome fig wasp in action". Ce faisant, cette vidéo d'un grand intérêt, unique sur le Web à la date de rédaction du présent chapitre, échappe aux recherches de vidéos lancées avec les noms latins (ancien et actuel) de l'espèce, ou avec les appellations communes de celle-ci en anglais ou en d'autres langues.

Compte tenu du caractère exceptionnel des informations fournies par cette vidéo, il m'a paru nécessaire de sauvegarder celle-ci dans le présent site, afin de prévenir sa perte dans le cas d'un éventuel retrait de Youtube.

 

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature
(Pensez à passer en plein écran si vous souhaitez mieux observer l'oviposition)

 

L'examen attentif de la vidéo (arrêt sur image toutes les deux secondes...) permet de préciser le mode opératoire de la femelle.

Voici les enseignements que j'en tire.

 

Observation 1.

Comme indiqué par B. I. KATSOYANNOS, la ponte de la totalité des oeufs ne s'effectue pas en une seule fois.

Après quelques mouvements de poussée de l'ovipositeur dans l'ostiole, la femelle se retourne ou marche dans la zone de l'ostiole et prend une nouvelle position pour pondre à nouveau dans l'ostiole.

Il s'agit d'une suite de séquences de ponte.

J'en compte quatre pour la vidéo, étant précisé que celle-ci ne débutant pas avec la pose de la mouche sur la figue, on ne peut pas affirmer, en toute rigueur, qu'il n'y a pas eu avant d'autres séquences de ponte.

Je note néanmoins que la vidéo dure une minute et 13 secondes et que la dernière oviposition prend fin au terme de 1 minute et trois secondes. Ce qui est dans l'ordre de grandeur de la durée observée par F. SILVESTRI pour la ponte (environ une minute) et m'incline donc à penser que la vidéo a débuté peu après le début de la première des quatre séquences de ponte filmées.

 

Observation 2.

(B. I. KATSOYANNOS ne fait pas état de ce comportement).

Au début de chaque séquence de ponte, la femelle aborde l'ostiole par l'avant et se penche à l'intérieur de celui-ci.

Comme pour vérifier quelque chose ?

Elle repère peut-être l'endroit (au sein des écailles ostiolaires) où il est possible de pondre, ou la direction à donner à la ponte.

Puis, elle se déplace vers l'avant pour traverser l'ostiole et se retrouver avec l'extrémité de l'abdomen au bord de celui-ci (il lui suffit de recourber l'abdomen vers l'avant pour extérioriser son ovipositeur et l'introduire dans l'ostiole).

 

Observation 3.

(B. I. KATSOYANNOS ne fait pas état de ce comportement).

Au cours d'une séquence de ponte, pendant les mouvements de poussée de l'abdomen pour l'oviposition, la femelle, tout en gardant l'ovipositeur dans l'ostiole, déplace plus ou moins amplement l'axe tête-abdomen vers la droite (première et deuxième séquence), vers la gauche (troisième séquence), ou des deux manières successivement (quatrième séquence).

Au cours de la première et de la troisième séquence de ponte, elle déplace même l'axe tête-abdomen de 90 °, sans que l'ovipositeur ne quitte l'ostiole.

 

Observation 4.

La vidéo permet d'être plus précis que B. I. KATSOYANNOS concernant les déplacements de la femelle entre deux séquences de ponte.

Je remarque qu'entre la première et la seconde séquence, la mouche ne marche pas. Elle se retourne simplement à 180 ° pour se trouver la tête sur l'ostiole et s'y pencher, début de la deuxième séquence de ponte.

Avant chacune des deux séquences de ponte suivantes, je note que la femelle s'éloigne de l'ostiole  de 1,2 à 1,5 cm (distances calculées par le rapport avec la taille de la mouche), puis y revient en faisant demi-tour. Il s'agit d'un va-et-vient quasi rectiligne et non d'un déplacement circulaire autour de l'ostiole. 

En fait, après une séquence, la femelle donne l'impression d'en avoir terminé avec la ponte globale, de quitter l'ostiole, puis de se raviser et de le rejoindre à nouveau de façon déterminée (marche assez rapide) pour la séquence de ponte suivante.

 

Observation 5.

B. I. KATSOYANNOS indique que, d'une séquence de ponte à l'autre, la direction de la nouvelle position de ponte fait habituellement un angle de 90 à 180 ° par rapport à celle de l'ancienne position.

J'ai analysé finement, par arrêt sur images toutes les secondes, l'angle fait par l'axe tête-abdomen pendant chaque séquence de ponte par rapport à la position du même axe en fin de la séquence de ponte précédente. Je me suis aidé, comme repère, de l'axe de la traînée blanche qui relie l'ostiole à la tache blanche en forme de larme allongée présente sur le devant de la figue.

Pour la première séquence de ponte, que la vidéo prend en cours, l'axe tête-abdomen est, au début, exactement dans l'alignement de la traînée blanche. Au cours de l'oviposition, la femelle pivote lentement de 90 ° sur sa droite et c'est l'angle que fait l'axe tête-abdomen avec l'axe de la traînée blanche en fin de séquence.

Pour la deuxième séquence de ponte, la mouche se retourne simplement par sa gauche de 180 ° pour aborder l'ostiole par l'avant. La position de ponte fait donc un angle de 180 ° par rapport à celle de la fin de la première séquence de ponte.

Pour la troisième séquence de ponte, la mouche, après s'être éloignée à la marche de l'ostiole, revient se placer à un angle d'approximativement 130 ° par rapport à la position de la deuxième séquence de ponte (mesure au rapporteur collé à l'écran...).

Pour la quatrième et dernière séquence de ponte, la mouche, après s'être éloignée à la marche de l'ostiole vers le bas de la figue, revient se placer à environ 40 ° par rapport à la position de début de la troisième séquence de ponte, soit 130 ° par rapport à la position de fin de la troisième séquence de ponte (mesures au rapporteur collé à l'écran...).

 

Il conviendra de confronter les enseignements de détail tirés de la vidéo avec ceux résultant de plusieurs autres observations d'une femelle en train de pondre, pour déterminer quels sont les comportements généraux des femelles de l'espèce et ceux éventuellement spécifiques à la femelle filmée sur la vidéo.

 

 

Retour début page Début page   Retour au sommaire Sommaire