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Auteur : B. PEYRE. |
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L'accouplement
Observation de B. PEYRE
Je possède une longue expérience de l'observation de Silba adipata McAlpine (ancien producteur de figues, consultant formateur pour la filière professionnelle de la figue et contributeur régulier au présent site). Pourtant, je peux rapporter une seule observation d'accouplement de Silba adipata McAlpine, réalisée in situ. Je n'ai pas assisté au début de l'accouplement, mais j'ai pu observer les deux mouches accouplées. Je fournis ci-après les détails de cette observation, selon le plan suivant : arrivée du couple sur le figuier, configuration du couple in copula, articulation des abdomens, mouvements du couple sur la face supérieure de la feuille, mouvements du couple sur la face inférieure de la feuille, envol du couple, observation complémentaire, considérations connexes.
ARRIVÉE DU COUPLE SUR LE FIGUIER Le 21 août 2026, lors d'un déplacement dans la haute vallée de l'Aude, je réalisais en cours d'après-midi un essai d'appâts au latex pour Silba adipata McAlpine sur un figuier centenaire de variété indéterminée, lorsque, vers 15 h, j'ai distinctement pu voir, en une fraction de seconde, 2 adultes accouplés en vol. Ils se sont très vite posés sur le bord de la face supérieure d'une feuille située à 1,70 m du sol, sur le côté nord du figuier. Il s'agit d'un figuier unifère aux fruits de couleur verte à maturité, conduit en touffe limitée à 4 m de hauteur. Il est situé dans un jardin à 550 m d'altitude, qui comprend d'autres figuiers très proches de lui. J'observe régulièrement sur ce site des attaques de Silba adipata McAlpine dès la fin du mois de juin. La température était de 19 °C, avec un vent léger mais présentant de brusques rafales qui rendaient moins faciles les prises de vue photographiques et altéraient la qualité des vidéos. Le couple n'a pas été attiré par les appâts mis en œuvre (latex exsudé de la base de pétioles arrachés, latex déposé sur feuilles), et s'est posé à 1 m de distance de ceux-ci. J'avais pourtant déjà compté 10 adultes de l'espèce présents en même temps sur ces appâts. Il ne s'est pas intéressé non plus aux figues mûres restant sur l'arbre (environ un quart de la récolte).
Il a choisi cette feuille comme support pour s'y reposer et s'y nourrir, mais le fait qu'il se soit directement posé sur le bord de celle-ci traduit vraisemblablement un intérêt pour les parties détériorées du limbe souvent présentes à cet endroit (au niveau desquelles du latex plus ou moins sec est accessible ; voir chapitre). Le couple a presque immédiatement commencé à chevaucher la tranche de la feuille.
Mouches noires du Figuier in copula.
Mouches noires du Figuier in copula, se nourrissant sur la tranche d'une feuille de figuier.
CONFIGURATION DU COUPLE IN COPULA L'accouplement était du type "en opposition". Les deux mouches ne se chevauchaient pas, mais étaient placées au même niveau dans des directions opposées et étaient jointes par l'extrémité de leur abdomen. L'une des deux ayant les ailes ouvertes (à l'horizontale, ou, le plus souvent, relevées), l'autre les ailes refermées.
Mouches noires du Figuier in copula : accouplement dit "en opposition". On remarque que les deux individus accouplés sont de taille différente. Celui qui conserve les ailes repliées est nettement plus petit que celui aux ailes déployées. Selon les standards que j'ai constatés pour l'espèce, il doit mesurer 3,5 mm de longueur (hors débordement des ailes), l'autre 4 mm ou légèrement plus. Voir photographie ci-après.
Silba adipata McAlpine : accouplement en opposition de deux individus de taille différente. Il n'est pas facile d'identifier le mâle et la femelle sur les photographies et les deux vidéos disponibles (segmentation des abdomens non visible, car absence de plans rapprochés...). Toutefois, l'individu le plus petit (aux ailes repliées) présente un espace interoculaire étroit, ce qui indique qu'il s'agit du mâle. Cette caractéristique est visible pour un œil exercé sur la troisième photographie ci-dessus et elle apparaît mieux si l'on agrandit au-delà de 100 % certaines photographies, malgré un résultat perdant alors de sa netteté. L'individu aux ailes déployées est donc la femelle, qui tire le mâle et imprime les changements de direction. Note : également pour un œil exercé, on peut percevoir sur la troisième photographie ci-dessus que l'espace interoculaire de l'individu le plus grand (vu de derrière, à gauche du seul œil visible) est large, confirmation qu'il s'agit bien de la femelle. Dans l'observation d'un couple par François DROUET en 2016 (voir chapitre), la configuration du couple était l'inverse : il apparaissait nettement que l'individu aux ailes déployées était le mâle, étant souligné que les deux individus présentaient une taille identique. Il est possible que le fait que le mâle soit nettement plus petit dans le cas du couple dont je relate l'observation ait influé sur la prise du leadership par la femelle. Etant rappelé que la taille des individus n'est pas un caractère de discrimination sexuelle chez Silba adipata McAlpine, les individus de petite taille (3,5 mm de longueur) se rencontrant de façon non rare (mais minoritaire) chez les mâles et chez les femelles (voir chapitre relatif à la variabilité de la taille).
ARTICULATION DES ABDOMENS Par le visionnage de mes vidéos, je remarque qu'au niveau de la jonction des abdomens celui de la femelle se trouve en position haute (celui du mâle se fixant à celui-ci par le dessous). Dans l'observation de François DROUET de 2016 (voir chapitre), l'articulation des abdomens était l'inverse : c'est l'abdomen du mâle qui se trouvait en position haute. Pour le couple que j'ai observé, il semble probable que l'articulation des abdomens constatée découle du fait que le mâle soit nettement plus petit que la femelle. J'ai noté aussi qu'il arrive que les deux abdomens ne soient plus strictement accolés, sans que la copulation ne cesse pour autant grâce à la liaison par un appendice, plus ou moins long selon les moments. Il s'agit, selon mon interprétation après scrutation à la loupe des photographies, de l'ovipositeur de la femelle plus ou moins sorti en fonction du besoin de positionnement (et non de l'édéage du mâle, plus ou moins distendu).
Silba adipata McAlpine in copula sur la face inférieure d'une feuille de figuier.
Silba adipata McAlpine in copula sur la face inférieure d'une feuille de figuier.
MOUVEMENTS DU COUPLE SUR LA FACE SUPÉRIEURE DE LA FEUILLE J'ai pu observer le couple pendant environ 4 minutes. Au cours du premier tiers de son séjour sur la feuille de figuier, il est resté sur le bord et la tranche de celle-ci en ne se déplaçant pratiquement pas. Les deux mouches se sont livrées à leur activité de nutrition en conservant le plus souvent leurs abdomens pratiquement dans le prolongement l'un de l'autre, faisant parfois marquer à ceux-ci un angle d'amplitude modérée. Le seul mouvement notable est une tentative de passage du mâle sous la face inférieure de la feuille, contrée par la femelle qui a remonté fermement celui-ci sur le dessus de la feuille. Au terme de cette première partie de son séjour sur la feuille, le couple est passé sur le dessous de la feuille. Voir vidéo ci-après. Note : à la fin de la vidéo, on aperçoit une aile alors que le couple termine son passage sur la face inférieure de la feuille. Le passage lui-même n'est pas visible en raison de fortes rafales de vent rendant non publiable cette partie de la vidéo originale.
Silba adipata McAlpine in copula sur une feuille de figuier.
MOUVEMENTS DU COUPLE SUR LA FACE INFÉRIEURE DE LA FEUILLE Le couple a parcouru le dessous de la feuille en deux temps : d'abord en remontant de quelques centimètres vers le pétiole à vitesse moyenne, puis en se retournant complètement et en descendant assez rapidement le long de la nervure principale jusqu'à la pointe extrême du lobe central. Je remarque que, lors de la partie du trajet en marche rapide, la femelle semble traîner le mâle plutôt que synchroniser sa marche avec celle à reculons de son partenaire (j'avais déjà observé des individus de Silba adipata McAlpine, non accouplés, marcher à reculons ; voir chapitre). La femelle a ensuite basculé à la renverse dans le vide, comme si elle souhaitait prendre son envol, entraînant le mâle. Mais celui-ci, en grande partie dans le vide, est resté agrippé à la feuille et le couple ne s'est pas envolé. La femelle s'est alors relevée dans le vide pour s'approcher du mâle, et les deux mouches ont formé une figure en forme de V (leurs abdomens liés marquant un angle aigu). Voir vidéo ci-après.
Silba adipata McAlpine in copula sur la face inférieure d'une feuille de figuier.
Le couple est resté (toujours in copula) à l'extrémité de la feuille, sans se déplacer le long de celle-ci, mais en étant
mobile sur lui-même. Les deux mouches formant des angles de 90 ° à 45 °, parfois moins, l'une par rapport à l'autre. Voir photographie et vidéo ci-après. Ce manège a duré environ 1 minute, puis le couple a pris son envol (voir sous-chapitre suivant).
Silba adipata McAlpine in copula à l'extrémité d'une feuille de figuier (face inférieure).
Silba adipata McAlpine in copula à l'extrémité d'une feuille de figuier (face inférieure).
ENVOL DU COUPLE La femelle, qui faisait initialement un angle de 90 ° par rapport au mâle, s'est dégagé de celui-ci en se plaçant une peu plus haut en direction du pétiole, tirant le mâle presque dans le prolongement de son abdomen. Puis elle s'est relevée et a pris son envol vers le bas (comme c'est souvent le cas pour Silba adipata McAlpine), entraînant le mâle toujours fixé à elle. Voir vidéo ci-après.
Silba adipata McAlpine in copula : envol depuis la face inférieure d'une feuille de figuier.
Le détail de l'envol n'est pas visible lors du visionnage de la vidéo, en raison de la rapidité du vol. Néanmoins, une analyse de la vidéo image par image montre que lorsque le couple quitte la feuille de figuier les deux individus restent joints. Le mâle conserve les ailes repliées et le corps dans le prolongement de celui de la femelle aux ailes déployées (comme s'il n'allait
pas voler, mais simplement rester accroché à la femelle pendant le vol). Silba adipata McAlpine in copula : femelle se relevant pour prendre son envol avec le mâle fixé à elle.
Silba adipata McAlpine in copula : femelle prenant son envol et entraînant le mâle fixé à elle.
Silba adipata McAlpine in copula : couple immédiatement après l'envol.
Silba adipata McAlpine in copula : couple dans sa chute après l'envol.
Silba adipata McAlpine in copula : couple dans sa chute après l'envol. Note : la quatrième et dernière image de l'envol fournie par l'analyse image par image de la vidéo est difficile à interpréter : couple disjoint (tête-bêche) ou encore joint (mâle avec les ailes non déployées et perception d'une deuxième aile de la femelle croisant, au-dessus, à 90 °, les ailes du mâle).
OBSERVATION COMPLÉMENTAIRE Compte tenu de la rapidité du vol de la femelle, même lestée du mâle, je n'ai pas pu observer le couple au-delà de l'envol, ni déterminer visuellement le détail de ce dernier. Mais j'ai remarqué la pose d'un individu de Silba adipata McAlpine sur une petite feuille proche immédiatement après l'envol du couple, ce qui m'a laissé penser que le couple s'était disjoint. C'est d'ailleurs ce que semble montrer, selon mon interprétation, la dernière image du couple visible par l'analyse de la vidéo image par image (sous-chapitre précédent). Cet individu est resté immobile sur la feuille pendant environ 2 minutes. L'examen des photographies montre qu'il s'agit d'un individu mâle (espace interoculaire étroit) et que son abdomen vu latéralement est très mince.
Individu de Silba adipata McAlpine qui s'est posé sur une petite feuille après l'envol du couple.
Individu de Silba adipata McAlpine qui s'est posé sur une petite feuille après l'envol du couple.
CONSIDÉRATIONS CONNEXES J'ai pu constater que les deux partenaires étaient accouplés en vol, avant leur pose sur la feuille de figuier. L'observation de deux individus de Silba adipata McAlpine accouplés ne concerne donc pas que des individus posés. D'autre part, les photographies de l'envol du couple semblent indiquer que lorsque celui-ci est en vol in copula, un seul des deux partenaires bat des ailes, l'autre restant accroché à lui en conservant les ailes repliées. Je n'ai pas assisté à l'accouplement lui-même, la question du lieu d'accouplement de Silba adipata McAlpine reste donc posée. Je rejoins toutefois l'hypothèse plausible d'un accouplement en vol, exposée en fin du chapitre relatant l'observation d'un couple par François DROUET en 2016 (ayant participé à la réflexion sur les arguments qui plaident en faveur de cette hypothèse).
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