Silba adipata McAlpine

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Auteur : François DROUET
Photographies : François DROUET

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Variabilité des attaques au fil

de la saison

 

 

 

Selon le plan suivant : observations générales, répartition des attaques par récolte (2019), modèle général du comportement d'attaque, déclinaisons du modèle du comportement d'attaque, interprétation du comportement d'attaque.

 

OBSERVATIONS GENERALES

 

OBSERVATIONS DE F. SILVESTRI

Référence : SILVESTRI F., 1917, Sulla Lonchaea aristella Beck. (Diptera : Lonchaeidae) dannosa alle infiorescenze e fruttescenze del caprifico e del fico, Bollettino del Laboratorio di Zoologia Agraria in Portici, vol.12, pp. 123 -146.

F. SILVESTRI mentionne en page 139 que pour le figuier domestique, c'est à dire celui qui porte des figues comestibles, les dégâts les plus importants sont constatés au mois de juillet (dans la région de Naples) sur les jeunes figues immatures.

Il indique qu'après le mois de juillet les attaques sur les figues au stade de l'inflorescence (c'est à dire immatures) diminuent fortement, en précisant que celles sur les figues au stade de l'infrutescence (c'est à dire au stade de la véraison ou mûres) sont rares.

Il ajoute que, dans la région de Naples, en octobre et novembre la variété 'Natalino' (très tardive) est attaquée.

 

MES OBSERVATIONS GENERALES

J'ai observé moi aussi une variabilité des intensités des attaques de Silba adipata McAlpine au cours de la saison, pour chacun de mes figuiers.

Au cours des saisons 2015 à 2018, j'ai seulement repéré globalement mes périodes de ramassage (sur l'arbre) des figues attaquées. Et j'ai pu constater, pour chacune des variétés, qu'après une période de fort ramassage de figues attaquées assez courte, suivait une longue période de ramassage faible à nul.

J'avais remarqué que cette baisse des attaques sur les figues immatures n'était pas liée à une éventuelle disparition de celles-ci en période de figues mûres. En effet, le mode de fructification du Figuier induit la coexistence sur un arbre donné de nombreuses figues immatures avec les figues mûres, quelle que soit la variété.

D'autre part, j'avais aussi bien noté que mes figuiers (variété bifère 'Grise de la Saint-Jean' et variétés unifères 'Bellone' et 'Col de Dame Noire') ont des périodes de fructification différentes et que, si l'on considère les trois arbres, il existe des figues vertes immatures sans interruption de début mars à fin septembre.

Ainsi, ce sont les figues fleurs immatures de la variété 'Grise de la Saint-Jean' qui sont attaquées les premières. Puis c'est le cas pour les figues immatures de la variété unifère 'Bellone' et, en léger recouvrement, les figues immatures de deuxième récolte de la variété 'Grise de la Saint-jean'. Enfin, c'est le tour des figues immatures de la variété unifère semi-tardive 'Col de Dame Noire'.

J'avais également conscience de l'existence d'un décalage chronologique entre la détection sur l'arbre des figues infestées et les attaques de celles-ci (pontes) par Silba adipata McAlpine, mais sans pouvoir le chiffrer.

Mes observations des années 2015 à 2018 méritant d'être affinées, j'ai décidé d'observer de façon approfondie la répartition des attaques de Silba adipata McAlpine au fil de la saison 2019 pour les quatre récoltes de figues de mon jardin : variétés 'Grise de la Saint-Jean' (bifère), 'Bellone' (unifère), 'Col de Dame Noire' (unifère).

Et j'ai pu établir un calendrier des attaques à partir de mes relevés détaillés de ramassage (sur les arbres et non au sol) des figues infestées, en mettant au point une méthode de détermination de la date d'attaque d'une figue par Silba adipata McAlpine (que j'expose dans un chapitre spécifique).
 

Silba adipata McAlpine : ponte (oviposition) dans l'ostiole d'une figue immature

Silba adipata McAlpine pondant dans l'ostiole d'une figue immature

 

REPARTITION DES ATTAQUES PAR RECOLTE (SAISON 2019)

 

FIGUIER 'GRISE DE LA SAINT-JEAN' (FIGUES FLEURS)

Pour la première récolte (figues fleurs) du figuier de la variété 'Grise de la Saint-Jean', on peut résumer la répartition des attaques de Silba adipata McAlpine au fil de la saison 2019 de la façon suivante.

L'essentiel des attaques (75 %) se concentre sur 17 jours (première quinzaine d'avril). Puis, on constate (concernant 25 % des attaques) une période de deux mois et demi (deuxième quinzaine d'avril et mois de mai et juin) comportant de très faibles attaques et des séquences d'absence d'attaques de quelques jours. Suivie d'une absence totale d'attaques pendant 8 jours (jusqu'au 9 juillet, terme de la récolte).

Voir détails au chapitre relatif à l'étude des attaques de la saison 2019.

 

FIGUIER 'GRISE DE LA SAINT-JEAN' (DEUXIEME RECOLTE)

Pour la deuxième récolte du figuier de la variété 'Grise de la Saint-Jean', on peut résumer la répartition des attaques de Silba adipata McAlpine au fil de la saison 2019 de la façon suivante.

L'essentiel des attaques (88 %) se concentre sur 20 jours (dernière décade de juin et première décade de juillet), sachant que 75 % des attaques ont lieu les 10 premiers jours. Puis, on constate (concernant 12 % des attaques) une période de 1 mois (deux dernières décades de juillet et première décade d'août) comportant de faibles attaques et des séquences d'absence d'attaques de plusieurs jours. Suivie d'une absence totale d'attaques pendant 1 mois (jusqu'au 19 septembre, terme de la récolte).

Voir détails au chapitre relatif à l'étude des attaques de la saison 2019.

 

FIGUIER UNIFERE 'BELLONE'

Pour le figuier de la variété unifère 'Bellone', on peut résumer la répartition des attaques de Silba adipata McAlpine au fil de la saison 2019 de la façon suivante.

L'essentiel des attaques (90 %) se concentre sur 12  jours (deuxième quinzaine de juin). Puis, on constate (concernant 10 % des attaques) une période de 5 semaines (mois de juillet et première semaine d'août) comportant de faibles attaques. Suivie d'une absence totale d'attaques pendant 3 semaines (jusqu'à la fin août, terme de la récolte).

Voir détails au chapitre relatif à l'étude des attaques de la saison 2019.

 

FIGUIER UNIFERE 'COL DE DAME NOIRE'

Pour le figuier de la variété unifère 'Col de Dame Noire', on peut résumer la répartition des attaques de Silba adipata McAlpine au fil de la saison 2019 de la façon suivante.

L'essentiel des attaques (97 %) se concentre sur 23 jours (deuxième quinzaine de juillet et première semaine d'août). Puis, on constate (concernant 3 % des attaques) une période de 3 semaines (trois dernières semaines d'août) comportant de très faibles attaques. Suivie d'une absence totale d'attaques pendant 6 semaines (le mois de septembre, puis jusqu'au 11 octobre, terme de la récolte).

Voir détails au chapitre relatif à l'étude des attaques de la saison 2019.
 

Silba adipata McAlpine pondant dans l'ostiole d'une figue immature

Silba adipata McAlpine pondant dans l'ostiole d'une figue immature

 

MODELE GENERAL DU COMPORTEMENT D'ATTAQUE

 

On constate une variabilité des attaques de Silba adipata McAlpine au fil de la saison pour chacune des quatre récoltes qui ont fait l'objet des études réalisées lors de la saison 2019.

La variabilité des attaques est différente d'une récolte à une autre. Elle est spécifique à un figuier donné (et à celle des deux récoltes considérée, dans le cas de la variété bifère).

Mais le comportement d'attaque de Silba adipata McAlpine qui ressort des quatre études répond à un même modèle général.

Celui-ci se traduit par l'existence de 3 phases.

Une phase 1 d'attaques intenses concentrées sur une courte durée.

Une phase 2 d'attaques de très faible niveau, pendant laquelle le nombre d'attaques est toujours nettement inférieur au nombre de figues immatures de taille requise pour l'attaque présentes sur l'arbre.

Une phase 3 d'absence totale d'attaques, malgré la présence de figues immatures de taille requise pour l'attaque présentes sur l'arbre.

 

DECLINAISONS DU MODELE DU COMPORTEMENT D'ATTAQUE

 

D'une récolte à l'autre, parmi les quatre que j'ai étudiées en 2019, le modèle général du comportement d'attaque de Silba adipata McAlpine se décline avec des différences parfois importantes au niveau de chacune des trois phases. 

La phase 1 peut varier de 12 à 23 jours et concentrer de 75 % à 97 % des attaques.

Sachant que son intensité n'est pas proportionnelle à sa durée.

Ainsi, pour la phase 1, 'Grise de la Saint-Jean', figues leurs : 75 % des attaques en 17 jours et deuxième récolte : 88 % en 20 jours ; 'Bellone' : 90 % en 12 jours ; 'Col de Dame Noire' : 97 % en 23 jours.

La phase 2 dure de 3 à 5 semaines pour 'Grise de la Saint-Jean' (deuxième récolte), 'Bellone' et 'Col de Dame Noire', mais s'étend sur 2,5 mois pour 'Grise de la Saint-Jean', figues fleurs.

La phase 3 varie de 3 à 6 semaines pour 'Grise de la Saint-Jean' (deuxième récolte), 'Bellone' et 'Col de Dame Noire', mais dure seulement 8 jours pour 'Grise de la Saint-Jean', figues fleurs.

 

INTERPRETATION DU COMPORTEMENT D'ATTAQUE

 

En l'état de mes observations et de mes réflexions, ainsi que de celles de mes correspondants, je ne sais pas expliquer la variabilité au cours de la saison des attaques de Silba adipata McAlpine pour une même récolte d'un même figuier. 

Et je n'ai pas trouvé d'éléments permettant de le faire dans la littérature relative à l'espèce que j'ai pu consulter.

Je puis livrer néanmoins quelques réflexions, émanant de moi ou de certains de mes correspondants permanents.
 

1. En ce qui concerne l'absence totale d'attaques de Silba adipata McAlpine dans la dernière partie de la saison, il s'agit d'un phénomène que j'ai observé les quatre années précédentes, alors qu'aucun piège n'avait été posé sur les figuiers.

Pour le figuier 'Bellone', cette absence totale d'attaques ne s'explique donc pas par le nombre plus élevé (quoique restant très faible) de captures pendant la période correspondante.

Pour les 4 récoltes portées par les 3 figuiers, elle ne s'explique pas non plus par l'absence de figues immatures dures et vertes sur le figuier (confirmation des observations des années précédentes).

Par exemple, pour le fichier 'Bellone', la dernière figue immature a été attaquée le 6 août. Or, j'ai noté lors du relevé des pièges du 16 août que l'arbre portait encore de nombreuses figues immatures ayant dépassé depuis longtemps la taille critique d'attaque de Silba adipata McAlpine. Et les dernières figues immatures ont persisté sur l'arbre jusqu'au 22 août.
 

2. En ce qui concerne la période d'attaques très faibles, la baisse des attaques ne s'explique pas non plus par un nombre insuffisant de figues immatures (dures et vertes) ayant atteint la taille critique d'attaque de Silba adipata McAlpine (diamètre 1,5 cm).

J'ai pu noter, en effet, lors de chacun des relevés de pièges de la totalité de la période que celles-ci étaient nombreuses sur l'arbre, alors que le nombre des attaques stagnait à une moyenne très faible. Les attaques ont donc été quotidiennement loin de saturer le nombre de figues immatures de taille suffisante pour être attaquées.
 

3. Je ne puis pas toutefois affirmer que la variabilité des attaques de Silba adipata McAlpine au cours de la saison est indépendante du nombre de figues immatures présentes à un moment donné sur un figuier.

En effet, parmi les multiples hypothèses qui pourraient expliquer cette variabilité, à elles seules ou en combinaison avec d'autres, on ne peut exclure l'incidence de la concentration (nombre seuil) de figues immatures sur l'arbre.

Ainsi, en prenant l'exemple du figuier 'Bellone' : l'atteinte de la taille requise pour l'attaque par 90 % des figues immatures sur une période très courte (12 jours) pourrait provoquer une frénésie d'attaques, alors que l'atteinte de cette taille critique longuement échelonnée (période de 7 semaines) par 10 % des figues immatures serait d'un effet contraire (attaques quotidiennes en nombre très inférieur au nombre de figues immatures présentes ayant la taille requise pour l'attaque).
 

4. Indépendance de la variabilité des attaques (sur une même récolte d'un même figuier) par rapport à l'évolution des températures et de l'humidité au cours de la saison.

Pour les quatre récoltes de 2019, il ressort les périodes suivantes d’occurrence de l’essentiel des attaques de la saison :

‘Grise de la Saint-Jean’ (figues fleurs) : dernière décade d’avril et première semaine de mai ; ‘Bellone’ : deuxième quinzaine de juin ; ‘Grise de la Saint-Jean’ (deuxième récolte) : dernière décade de juin et première décade de juillet ; ‘Col de Dame Noire’ : deuxième quinzaine de juillet.

Dans ma région comme dans toutes les régions méditerranéennes, les températures de la dernière décade d’avril sont nettement moins élevées que celles de la deuxième quinzaine de juin, elles-mêmes moins élevées que celles de la deuxième quinzaine de juillet. Et, dans ces régions, l’humidité de l’air diminue considérablement entre la dernière décade d’avril et la deuxième quinzaine de juillet.

Or, chacune des périodes considérées donnent lieu à des attaques intenses de Silba adipata McAlpine sur figues immatures de variétés différentes.

En conséquence, on peut déduire que les conditions climatiques (au moins pour la chaleur et l’humidité) ne sont pas à l’origine de la variabilité des attaques (en 3 ou 2 phases) de Silba adipata McAlpine pour une même récolte sur un même figuier.

Que l’on considère que la baisse de l’activité de ponte pourrait être la conséquence d’une augmentation de chaleur avec baisse de l’humidité (l’observation des fortes attaques dans le sens figues fleurs ‘Grise de la Saint-Jean’ vers ‘Col de Dame Noire’ montre qu’il n’en est rien) ou qu’elle pourrait être la conséquence d’une baisse de chaleur avec augmentation de l’humidité (l’observation des fortes attaques dans le sens ‘Col de Dame Noire’ vers figues fleurs  ‘Grise de la Saint-Jean’ montre qu’il n’en est rien).
 

5. Dans le même référentiel des conditions climatiques, on pourrait invoquer comme origine de la baisse des pontes (phase 2) ou de l'arrêt de celles-ci (phase 3), l'atteinte de conditions extrêmes de températures et d'humidité qui ne jouerait pas sur la faculté de pondre mais qui entraîneraient la mort de la plupart des individus de Silba adipata Mcalpine.

Ce phénomène se constate à la mi-juillet/début août pour Ceratitis capitata Wiedemann dans les vergers commerciaux de figuiers de la région d'Albatera, en Espagne - communication d'Alain COSTA, ingénieur agricole consultant et producteur de figues 'Colar de Albatera'.

Cette hypothèse ne me paraît pas plausible car j'observe pendant les phases 2 et 3 sur chacun de mes figuiers la présence du nombre d'individus de Silba adipata MacAlpine fréquentant habituellement celui-ci.

D'autre part, cela conduirait à transposer un cas d'occurrence unique à un moment précis de la saison (impossibilité de survie de Ceratitis capitata Wiedemann) sur une situation (variabilité des attaques de Silba adipata McAlpine sur la même récolte d’un même figuier) se produisant de façon uniforme tout au long de la saison sur les 4 récoltes de 3 variétés de figuiers.

Les conditions extrêmes de températures et d’humidité devraient s’appliquer uniformément à toutes les récoltes de la saison pour entrer dans l’explication d’un comportement d’attaque (en 3 phases) qui est uniforme pour les 4 récoltes observées et qui se reproduit tous les ans. Ce qui ne paraît pas possible, compte tenu de la différence d’époque d’occurrence de 3 récoltes sur 4.
 

6. Une autre piste d'explication du comportement d'attaque de Silba adipata McAlpine pourrait être l’interaction éventuelle entre les attractivités successives des récoltes, qui déporterait les mouches d’un figuier vers l’autre, le déport vers le figuier suivant (attaques intenses) se réalisant au bénéfice du figuier précédent (moins d’attaques ou absence d’attaques).

Il s’agit d’une piste à examiner plus profondément, mais, en première approche, elle ne paraît pas devoir être retenue car je n'ai pas observé de baisse de la population des individus de Silba adipata McAlpine sur chacun des figuiers au cours de la saison.
 

7. Selon mes observations sur les figuiers et mes campagnes de mesure des diamètres des figues attaquées au pied à coulisse, Silba adipata McAlpine attaque préférentiellement les figues immatures d'un diamètre de 1,5 cm à 2,8 cm.

Les figues immatures ayant dépassé le diamètre de 3 cm sont peu attaquées. Et les figues immatures d'un diamètre de 3,8 à 4 cm ne le sont que de façon exceptionnelle.

On pourrait donc imaginer que l'existence de la phase 2 du modèle (période d'attaques de très faible niveau, pendant laquelle le nombre d'attaques est toujours nettement inférieur au nombre de figues immatures de taille requise pour l'attaque présentes sur l'arbre) s'explique par la taille des figues immatures (diamètre supérieur à 3 cm).

Il s’agit d’une piste à approfondir, mais, en première approche, elle ne paraît pas devoir être retenue, du moins comme la seule explication, car j'ai observé une majorité de figues immatures de diamètre nettement inférieur à 3 cm sur chacun des figuiers au cours de la phase 2 et pour une partie de la phase 3 (absence totale d'attaques).

Ce n'est que dans dernière partie de la phase 3 que les figues immatures de diamètre supérieur à 3 cm deviennent nombreuses.

 

 

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